Voilà un aspect de la vie aux États-Unis pour lequel, j’ai eu (et j’avoue, j’ai encore) beaucoup de mal à m’adapter : le manque de sens de l’humour et plus particulièrement de l’ironie et du second degré.

Ne vous fiez pas aux séries télé du type Seinfeld, Friends ou plus récemment The Big Bang Theory (je vous la conseille, extrêmement drôle et pleine de second degré et de politiquement incorrect !). Les Américains n’ont pas le sens du second degré.

Ils ont tendance à tout prendre au premier degré sans imaginer que vous puissiez être ironique. Alors, bien entendu, lorsque j’écris les Américains, je généralise, et même, je caricature le phénomène, mais il vaut mieux être prévenu avant, plutôt que de se retrouver dans des situations embarrassantes, voire même désagréables.

Au moment où j’écris ces lignes, je ne retrouve pas d’exemples précis que j’ai pu vivre personnellement, mais pour illustrer la chose, je m’inspirerais du célèbre sketch de Jean-Marie Bigard. Si au restaurant, la serveuse vous demande si « c’est pour dîner ? », ne répondez pas : « non, c’est pour un tennis ! ». Elle risque de vous regarder avec des grands yeux, sans comprendre, voire même de commencer à paniquer.  Aucune capacité (éducation) à prendre du recul et à réaliser que l’on plaisante simplement et qu’il ne faut pas toujours systématiquement tout prendre au premier degré.

D’ailleurs, en posant la question à des Américains, je me suis rendu compte que les termes de premier degré ou second degré ne se traduisent pas telles quelles dans ce cas là. Premier degré en anglais se dit « at face value » (à la valeur faciale) ou « literally » (littéralement). Le second degré c’est du « sarcasm ». Et contrairement aux Britanniques (pourtant aussi des Anglo-Saxons), les Américains ont une consommation relativement faible du sarcasme ou de l’ironie.

En travaillant ce sujet, je suis tombé sur un article reprenant la théorie très sérieuse d’Erine Meyer, professeure à l’INSEAD qui tente d’expliquer le fait que les Américains n’utilisent pas l’ironie. Elle parle de « low-context cultures » qui privilégient une communication précise, simple et claire, contrairement aux « high-context cultures » plus portées sur une communication sophistiquée et nuancée, avec des messages qui se lisent parfois entre les lignes.

La différence entre ces deux types de culture provient principalement de la durée d’une histoire commune et partagée. Pour le dire rapidement, l’Amérique est encore un pays relativement jeune, façonné par des flux d’immigration massifs provenant de nombreux pays du monde, chacune avec sa propre histoire, sa langue,  sa culture. Parce qu’ils avaient peu de choses en commun, les « Américains » ont très rapidement appris que s’ils voulaient faire passer un message, ils devaient le faire de la façon la plus explicite et claire possible, en laissant le moins de place à l’ambigüité ou au malentendu. Leur langage est donc direct et pragmatique. Ils n’accordent donc généralement que peu de place, voire d’importance, et sont donc peu réceptifs à la nuance, au sous-entendu, au « second degré ».

Donc quelque soit le contexte, en entreprise, à l’école, au restaurant, ou même entre amis (américains), pensez à ces quelques lignes et évitez de vous piéger vous même et de vous retrouver dans des situations que vous pensiez drôles car ironiques, mais qui peuvent se révéler embarrassantes (« awkward » en anglais).

Une personne avertie en valant deux, vous voilà déjà plus nombreux !